C'était en octobre quarante quatre.
Ma ville, n'était plus que massacre.
Sans cesse bombardée, incendiée
Elle accueillait triste, ruinée !
Patton et sa troisième armée.
Il montait la garde ce soir là.
Il pleuvait fort, il avait froid.
Je suis arrivée par hasard,
Alors que je rentrais « trop tard »
Je parlais quelques mots d'anglais.
Il s'exprimait bien en français.
Je sentais qu'il voulait parler.
Je suis restée à l'écouter.
Je suis revenue bien des soirs,
Lui transmettre courage et espoir.
Sous le froid qui nous figeait,
Sous la pluie qui s'en mêlait.
Il me parlait de son pays,
Au coeur de la Californie.
De cette luxurieuse vallée,
Dont le nom me faisait rêver
« GREEN VALLEY »
Son père était bûcheron,
Il coupait d'énormes troncs,
Que la rivière faisait glisser,
Au fond de la verte vallée.
Je le surnommais
« GREEN VALLEY »
Il en riait, ça l'amusait !
Je me suis retrouvée un soir,
Seule dans le froid et dans le noir.
J'ai appris que dans la nuit,
Subitement ils étaient partis.
Peut-être qu'un monsieur très âgé,
Là- bas, dans sa verte vallée,
Songe à cette toute petite Lorraine,
Restée sur sa terre lointaine
Á la douceur de ses cheveux,
Á la chaleur de ses yeux bleus,
Á ses étreintes désespérées
Pouvant cesser à tout jamais.
Á celle qu'il serrait sur son coeur,
Comme pour exorciser sa peur.
Amours platoniques éphémères.
Oasis au coeur de la guerre.
Souvenir du 24 octobre 1944
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