A aucun moment tu ne t'es doutée.
Tu n'as même pas levé le nez de ton livre.
Tu ne m'as pas vue, même.
J'étais en face de toi
seule sur la banquette
et pourtant, tu sais,
je t'ai déshabillée
couchée
et baisée furieusement.
Là, sur le tissus inhospitalier
tu aurais dû crier de surprise
ou d'effroi.
Toi, la belle, aux formes si bien apprêtées,
si charmantes et si sages,
j'ai tout arraché
tout volatilisé
de ton bel habit de souris endimanchée.
Avec la plus terrible des fureurs
moi, Anne, je t'ai baisée
comme la plus folle
comme la plus amoureuse
comme la plus idiote.
Et cette idiotie me va bien, après tout.
De temps en temps.
Tu n'as même pas levé le nez de ton livre
Tu ne m'as pas vue, même.
Mais moi je sais que quelque part, en toi,
une infime parcelle de ton cerveau,
a bien enregistré l'émoi effroyable dont, à ton insu,
tu as fait l'objet
Ceci restera à jamais gravé dans la mémoire inaccessible de tes neurones.
Et oui, ma jolie !
(T.G.V Paris/Lyon. 14H
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