Deux belles s'étaient baisées... Le poète-berger, témoin jaloux
de leurs caresses, chante ainsi :
« Que les
deux beaux oiseaux, les colombes fidèles,
Se baisent. Pour
s'aimer les dieux les firent belles.
Sur leur tête
mobile, un cou blanc délicat,
Se plie, et de la
neige effacerait l'éclat.
Leur voix est pure
et tendre, et leur âme innocente,
Leurs yeux doux et
sereins, leur bouche caressante.
L'une a dit à sa
soeur : « Ma soeur . . . . . . . .
Ma soeur, en un tel lieu croissent l'orge et le millet...
L'autour et
l'oiseleur, ennemis de nos jours,
De ce réduit,
peut-être, ignorent les détours,
Viens . . . . . .
. . . . . . . . . . .
Je te choisirai moi-même les graines que tu aimes, et mon bec
s'entrelacera dans le tien. »
. . . . . . . . .
. . . . . . . . . . .
L'autre a dit à
sa soeur : « Ma soeur une fontaine
Coule dans ce
bosquet . . . . . . . . . . . .
L'oie ni le canard n'en ont jamais souillé les eaux, ni leurs cris...
Viens, nous y trouverons une boisson pure.
Et nous y
baignerons notre tête et nos ailes,
et mon bec ira polir ton plumage. » - Elles vont, elles se
promènent en roucoulant au bord de l'eau ; elles boivent, se baignent, mangent,
puis, sur un rameau, leurs becs s'entrelacent ; elles se polissent leur plumage l'une
à l'autre.
Le voyageur,
passant en ces fraîches campagnes,
Dit :
« Ô les beaux oiseaux ! ô les belles compagnes ! »
Il s'arrêta
longtemps à contempler leurs jeux ;
Puis, reprenant sa
route et les suivant des yeux,
Dit :
« Baisez, baisez-vous, colombes innocentes,
Vos coeurs sont
doux et purs et vos voix caressantes ;
Sur votre aimable
tête, un cou blanc, délicat,
Se plie, et de la
neige effacerait l'éclat. »
Retour vers Chénier, les poèmes